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Voici maintenant pas mal d’années que je me trimballe avec ma propre théorie sur l’amour.
Oui, la chance vous a souris puisque vous allez pénétrer mes pensées les plus profondes.
Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je pense que l’amour n’existe pas. C’est mythe, une invention humaine ayant pour but de nous inculquer une quête éternelle au cours de notre vie. Si l’amour n’existait pas, après quoi les hommes courraient-ils alors ?
Depuis les temps les plus reculés de notre civilisation, les artistes n’ont cessé de nous peindre l’amour infini, celui qui nous fait trembler de tout notre être.
Mais quelque l’a-t-il vraiment touché cet amour là ?
Alors oui, je sais, nombreux d’entre vous répondront qu’ils connaissent des personnes pour qui ça fonctionne depuis des années, des voisins, des camarades, voir qu’ils y ont eux même goûtés un jour…
Mais quand on s’y approche de plus prés, on peut très vite s’apercevoir que d’amour il n’y a point.
Le premier grand exemple est celui de la famille.
« Moi j’ai des grands parents qui ont 90 ans, et depuis qu’ils ont 15 ans ils sont ensembles ».
Oui, mais nous parlons d’une époque lointaine où se marier faisait partie d’une normalité qu’il ne fallait en rien détourner. Peu importe avec qui on se mariait, du moment que cela nous permettait de ne pas avoir froid en hiver, seul dans son lit. Et les vieux garçons ou les vieilles filles comme on appelait les célibataires de l’époque, avaient une connotation péjorative.
L’amour était une étape obligatoire, or comment peut-on obliger quelque un à aimer ?
On peut forcer au mariage, à la procréation même, mais pas à l’amour.
Je vous accorde qu’avec le temps, ces gens ont sans doute ressenti de la compassion réciproque, un je ne sais quoi qui les rend inséparable pour l’éternité parfois. Gaston ne serait rien sans Ginette et inversement. Mais ce n’est pas de l’amour.
Quand à nous pauvres vingtenaires qui avons parfois eu le ventre soulevé par un haut le cœur, l’estomac aplati comment une patate, les yeux renversés, le front brûlant, les mains tremblantes… Est-on sûr que cette chose soit l’amour ?
Je veux dire, l’amour est quelque chose de tellement abstrait, la personne qui l’a inventé n’avait-elle pas simplement un début gastro qui nous pousse depuis à rechercher ce sentiment indescriptible et que pourtant tant de personnes ont tenté de décrire…
Alors voilà, je suis peut-être blasé, mais pour moi les belles princesses n’existent pas, pas moins les princes charmants sur leurs beaux destriers. Sauf si le destrier en question est une Playstation, et le château de la princesse une galerie marchande.
Arrêtons tout simplement de lire les fables de nos ancêtres. Il y a seulement des histoires d’hommes et de femmes qui un jour s’entendent plus que de raison (l’amour a ses raisons etc…) et décident de franchir un cap physique pour se prouver leur attachement mutuel. Mais souvent, au petit réveil, cet épanchement est réduit à néant par une paire de chaussettes gisant sur le sol, et un regard vitreux démaquillé appuyé sur l’oreiller, déjà tâché par un filet de bave nocturne.
Alors on fait quoi… On y croit encore ????
La pluie frappe fortement mon pantalon détrempé, les gens en tenue d’été se pressent, pour sortir leur parapluie. Ils en ont oublié l’usage. Quelle drôle de sensation que cette eau fraîche et douce qui s’abat violemment sur mon crâne, je savoure presque, je me sens vivant. Arnaud me donne une petite tape dans le dos, il me fait signe d’avancer, il est pressé d’entrer dans le parc des expositions. Cette après-midi, nous avons décidé d’orienter notre activité dominicale vers la culture et c’est avec une curiosité certaine que nous pénétrons le salon de l’érotisme. Première constatation : sexe et argent font bon ménage puisque l’entrée se monnaye tout de même 25 euros, pour ce prix j’espère avoir la chance d’observer des choses intéressantes.
Une fois acclimaté avec les différents stands et les vendeuses affriolantes en tenues d’Eve ou SM, mon attention se focalise surtout sur la clientèle. Alors que je pensais rencontrer essentiellement des camionneurs ou militaires bruts de décoffrage, je suis dans l’obligation de constater que le sexe n’est plus tabou auprès des jeunes femmes, devenues de ferventes acheteuses d’objets érotiques. En fait, beaucoup de demoiselles ont entre 18 et 25 ans, elles viennent soit en couple, soit en bande de copines, elles sont généralement habillées « fashion victime » et semblent curieuses de tout. En fait, j’ai l’impression que la pornoisation de la société a crée un nouveau type de femmes : celles qui veulent reproduire l’émotion vécue par les hommes devant le matage de shows érotiques. De la même façon, elles souhaitent se sentir désirées, admirées, et surtout faire bander le mâle. Ce sont des femmes qui désirent tenir les hommes par le sexe alors qu’elles restent encore très très jeunes. D’ailleurs, cette constatation me rappelle l’interview d’une actrice américaine qui expliquait que toute son enfance, elle avait vu son père s’affaler dans son canapé et savourer des « Playboy » et autres magasines coquins. En voyant le plaisir qu’il ressentait lors de ses lectures, dès son plus jeune age elle avait eu le désir d’être étalée sur la page centrale en papier glacé pour être admirée par ce même père, pour être aussi précieuse à son regard que ces playmates siliconées. Le besoin de se sentir aimée par l’autre peut amener à de nombreuses dérives.
Toujours est-il que la clientèle féminine s’avère très chaude, exigeante, et exubérante. Durant certains shows je suis entouré de trois lycéennes et elles crient comme des folles, elles s’excitent devant les fesses des strip-teaseuses, elles réclament de toutes leurs forces des vidéos pornos gratuites, elles se lâchent vraiment et ça devient presque déroutant. Un peu plus tard dans le salon, j’assiste a un autre phénomène troublant : l’érotisme en famille. Prenez une famille moyenne classique composée des deux parents, d’une fille et d’un garçon et conviez les au salon de l’érotisme ! Vous obtenez des situations tout a fait comiques comme l’observation passionnée d’une pénétration sauvage par la charmante jeune fille tout juste majeure, avec en trame de fond les réprobations de sa mère : « Dépêche toi, avec ton père on voudrait acheter des accessoires ! ». Ou encore, une autre honorable maman qui se rend sur un stand avec sa petite cadette pour lui offrir un vibromasseur rose fluo de 20 cm et qui demande toutes les caractéristiques techniques au vendeur ("Alors le gland pivote dans trois sens possible pour prendre un maximul de plaisir ..."). Meres et filles étalent chacune leur sexualité sans retenue, sans réserve. Suis-je devenu un être facilement choquable ou bien la société avance-t-elle beaucoup trop vite pour moi ?
Je crois que l’absence de tabous m’attriste finalement, parce que sans tabous, il n’y a plus d’interdits a déjouer, d’excitation, tout devient plat. Même les SM ne se cachent plus : par exemple, sur un stand de mobilier SM, vous pouvez contempler différents instruments de tortures et au milieu, une petite table avec le vendeur et les clients en train de signer les papiers, comme dans tout bon magasin de meuble, sauf qu’ici le but consiste à attacher madame au pilori !
Bon, la semaine prochaine je me rends au salon de l'automobile, je crois qu'il risque d'y avoir autant de filles dénudées !
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